« Dans le royaume de l’éducation nationale, les profs ne sont que des assistantes maternelles. »
Voilà ce que j’entends, de plus en plus souvent, dans la bouche de personnes relayant le discours des politiciens, concernant la légitimité de démanteler l’éducation nationale.
En clair : les profs sont trop nombreux, les gamins apprennent de moins en moins de choses, savent de moins en moins lire et écrire, et plus les années passent, pire cela devient. Même les correcteurs orthographiques instantanés ne changent rien à l’affaire et ne nous empêchent pas d’avoir mal aux yeux après avoir lu les discussions philosophiques d’un groupe d’ados sur le web.
Donc si je comprends bien, le savoir transmis aux enfants est de moins en moins conséquent et on se dit depuis 15 ans qu’il serait bon de continuer à supprimer des profs, pour améliorer la situation. C’est sûr, la cible est facile : sur le papier, les professeurs effectuent environ 18h de cours par semaine ; ils ont 14 semaines de congés annuels. Par contre on oublie de dire qu’ils ne sont payés que 10 mois sur 12, avec un salaire mensualisé. Dans ce raisonnement, on ne compte pas le temps de préparation des cours, de correction de copies, de conseils de classe, de rencontres parents-profs… Enfin pour certains, en plus d’enseigner dans des quartiers où on n’aurait pas envie d’habiter, ils sont quand même nombreux à avoir le niveau Bac+5. Le travail n’est franchement pas enviable : nous rêvons tous pour nos enfants d’un beau métier, comme chanteur à la Star Ac’ ou millionnaire, certainement pas prof, ou encore moins instit’ !
Le problème, c’est qu’on commence à avoir des profs, tout frais sortis du système éducatif, qui maîtrisent mal les notions de grammaire, conjugaison, orthographe… Le cercle vicieux s’est mis en place tout doucement. Les parents se sont déresponsabilisés de la scolarité de leur enfant en confiant de plus en plus de choses à l’éducation nationale. De moins en moins de parents prennent le temps à la maison d’aider leurs enfants pour les devoirs, ou juste de continuer à les faire progresser en dehors de l’école. Les programmes changent sans cesse, on a de plus en plus de choses à enseigner, en moins en moins de temps. Les heures d’éducation civique sont utilisées pour essayer de boucler les programmes d’histoire géo. Ne vous demandez pas pourquoi les jeunes ne votent pas ou sont de moins en moins civilisés. Mais je m’égare.
Les profs ne sont donc que des assistantes maternelles agréées avec plus de vacances. J’aimerais bien. Je payerais moins d’impôt.
Petite explication :
Prenons le cas d’un professeur de lycée, qui va gagner, en milieu de carrière 2 000€ net par mois (notez que je suis généreux avec l’argent des impôts) et qui va bosser donc 18h par semaine (c’est pas moi qui le dis !). Cela équivaut donc, en arrondissant pour des raisons de simplicité à 4 000€ net pour une semaine de 35h. Et prenons une classe moyenne de 24 élèves (haha !).
151h par mois pour 4 000€, ça nous donne un coût horaire par gamin de :
4000/151/24=1.10€
Donc chaque gamin que notre cher professeur garde, nous coûte 1.10€ de l’heure (en ne comptant que le temps de présence avec les élèves).
Mais en réalité il s’agirait plutôt de 60 centimes de l’heure.
Prenons maintenant une gentille dame à la crèche, qui nous aurait gardé les mêmes gosses, puisque de toute façon ils n’apprennent rien à l’école. Elle travaille donc 35h, et gagne environ 1 500€ (ah ah) en milieu de carrière. Elle gère environ 7 enfants.
151/1500/7=1.40€
C’est nettement plus coûteux de passer par une crèche, que par une école. Et sachant que le professeur va quand même enseigner tout un tas de choses que vous ne connaissiez pas, que vous avez oublié, ou que vous n’auriez pas eu le temps de lui apprendre, c’est quand même plus intéressant pour vous.
Mais là ou ça devient impressionnant, c’est quand on se penche sur le coût d’un jeune en prison.
« Ouvrir une école, c’est fermer une prison ». C’est de Victor Hugo, voilà ce qui aurait pu être enseigné à vos chers bambins.
Le coût d’un mineur en prison est grosso modo de 900€ par jour. Entre la construction de la prison, de plusieurs millions d’euros, son entretien (car les jeunes faut pas croire, quand vous trouvez qu’ils dégradent les abribus ou les halls d’entrée, allez voir leur cellule), le prix des salaires des gardiens, des éducateurs, des cuisiniers, psys, médecins… Faites le calcul vous-même.
Enfin, relativisons l’ensemble : En 2011, le remboursement des intérêts de la dette Française, est devenu le premier poste de dépense en France, devant l’éducation nationale. Donc en gros, dans vos impôts, vous payez plus pour rembourser les intérêts de la dette de la France (juste les intérêts, pas la dette), que pour l’éducation de vos enfants.
Alors réfléchissez y à deux fois, avant de critiquer les profs. Soyez conscients, que, malgré tous les problèmes qu’il y a dans l’Éducation Nationale, c’est bien là où votre argent est le mieux employé et le plus « rentable ».